NOURRIR LA PLANÈTE: Un nouvel ordre alimentaire

Publié le par terre-mer-pcf.over-blog.com

 Doc 3364 p 7

 

Le G8 Alimentation s'ouvre en Italie du 8 au 10 juillet dans un contexte historique où la faim a atteint son plus fort niveau. Plus d'un milliard d'êtres humains dans le monde souffre de la famine et de mal nutrition. En avril dernier, le G8 de Rome s'était conclu par de louables intentions, mais un terrible aveu d'échec sur l'objectif de réduire d'ici 2015 de moitié les mal-nourris dans le monde. Engagement pris lors du sommet mondial de l'alimentation en 1996. Lors de la présidence française de l'Union Européenne, N. SARKOZY avait promis une gouvernance pour lutter contre la volatilité des marchés. L'échec de cette dernière repose précisément sur la libéralisation au pas cadencé de la Politique Agricole Commune. Le G8 sera accueilli par un adepte acharné de l'application du marché libre et non faussé à l'agriculture: S. BERLUSCONI

 

A l'occasion de ce sommet une déclaration finale travaillée par les Ministres de l'agriculture sera soumise aux Chefs d'États et de gouvernements. Pour ce que le G8 représente, on peut prévoir que dans son contenu, cette déclaration fera la part belle à l'agro business au détriment des besoins alimentaires des peuples. Au vue du G8 des capitalistes, c'est dans les résistances sociales et actions politiques que sont les clefs pour peser et mettre les véritables enjeux sur la table des discussions internationales; le cynisme des politiques, les promesses non tenues, le manque de volonté politique, les intérêts géostratégique, l'arme alimentaire, les dominations économiques, les dettes injustifiées, la spéculation alimentaire. Cela mérite précisions:

  • La guerre la plus meurtrière dans le monde est celle de la faim. 100 000 morts par jour, ces dernières années. Un enfant de moins de 10 ans meurt toute les cinq secondes.

  • A voix basse, le G20 de Londres, a annoncé 850 millions de dollars « d'aide » aux pays en voie de développement, en confiant ce programme au FMI et à la Banque Mondiale.

  • Les politiques de développement de ces vingt dernières années montre leurs échecs. L'aide à l'agriculture, ne représente que 4 % de l'aide publique au développement, niveau le plus bas depuis des décennies. Seul 10 % des 22 milliards de dollars annoncés au sommet de Rome 2008, ont été déboursés pour relancer l'agriculture. Pire, le FMI et banque Mondiale, étranglent les pays en développement par leur plan d'ajustement structurel et leur imposent de moins soutenir leur agriculture.

  • Le poids de la dette est passé de 8 milliards de dollars en 1960, à 540 milliards en 1980, et aujourd'hui, 2600 milliards. Alors que l'Afrique a le plus fort taux d'emploi agricole, la dette représente jusqu'à la moitié du budget de certains États.

  • Justifiant telle une surproduction de lait et de beurre, Bruxelles sous l'influence des députés de droite et de sociaux libéraux a mené sa politique de frigos vides et de mises des terres en jachères alors que les enfants meurent de faim à l'autre bout de la planète. En France aujourd'hui, 2,6 millions de personnes font appel chaque année à la banque alimentaire.

  • La flambée des céréales de plus de 60 % en 2007, est due à la spéculation boursière. Avec colonialisme DAEWOO, a mis la main sur 1,3 millions d'hectares à Madagascar, pour y produire de l'huile de palme, destinée aux agro carburants. Ce capitalisme vert est responsable de 75 % de la hausse des prix des aliments. Le panier des prix a augmenté de 140 % entre 2002 et 2008.

  • Comme sortie de siècles révolus, la planète se trouve aujourd'hui confrontée aux famines. Ces dernières années, les stocks alimentaires mondiaux n'étaient que de 56 jours, les plus bas depuis 1982; c'est à dire inférieur au seuil de sécurité fixé à 60. Les mégapoles de la pauvreté gonflent de par le monde. Les zones rurales payent cash les affres du capitalisme. Sept personnes sur dix sont issues des zones rurales. Plus d'un milliard de personnes manque d'eau. Les fonds des mers sont raclés par les navires géants de la grande distribution. L'abattage illégal de 80 % du bois amazonien accélère la déforestation. Le contenu des assiettes est livré au marché.

  • De l'Uruguay Round à Doha, du GATT à l'Organisation Mondiale du Commerce, les peuples et leur paysannerie meurent aujourd'hui de la libéralisation des marchés agricoles. L'objectif de l'OMC conduite par P. LAMY, était de faire baisser le prix des matières premières agricoles. Le commerce agricole mondial ne représentent qu'une faible part de la production, 16 % pour le blé, 7 % pour le lait et viandes. Le prix mondial découlant de ces échanges n'a donc rien à voir avec le « monde réel » et ses productions. La planète ne tourne pas rond.

 

Un nouvel ordre mondial s'impose au développement de la planète.

 

L'alternative contre un G8 qui gère la faim doit être le G192 avec l'ambition d'éradiquer les politiques qui affament. De fait, l'objectif de nourrir la planète, oblige la naissance d'un nouvel ordre alimentaire. Il s'agit d'un enjeux de civilisation avec au coeur un nouveau type de développement pour à la fois nourrir les Hommes tout en répondant aux questions environnementales, écologiques, climatiques, énergétiques. Cette volonté forte et partagée se nourrit de principes et d'orientations communes aux peuples avec des propositions concrètes du Parti Communiste Français.

Convergence sur le besoin et la nécessité absolue de la réforme agraire pour garantir la souveraineté alimentaire des peuples. Le défi alimentaire du XXI siècle doit conduire les institutions internationales à faire respecter ce droit fondamental des peuples. Il revient aux États de définir librement leurs politiques agricoles et alimentaires. En écho aux mouvements sociaux des paysans à l'échelle internationale, cette exigence doit être centrale politiques publiques.

La réforme agraire devra répondre aux objectifs de société, être le pilier du développement agricole et alimentaire. Elle sera basée sur l'agriculture paysanne et la la pêche artisanale car productrice de denrées alimentaires de qualité. Elle doit également garantir la rémunération du travail.

 

A contrario des objectifs de l'OMC qui n'est que le tout marché, les peuples souhaitent extirper l'agriculture de tout dumpings sociaux, économiques, environnementaux afin qu'elle réponde en priorité à des demandes alimentaires locales, nationales, régionales et mondiales. Dans cette démarche, les grandes régions du monde définissent et organisent leur politique agricole et de la pêche en construisant leurs échanges par des coopérations.

Pour moderniser l'agriculture il faut garantir l'accès au foncier, au crédit et aux semences. Ces moyens de production sont incontournables pour le développement rural.

 

La réforme agraire vise à créer les condition de satisfaction du besoin premier de l'humanité: nourrir les hommes. Elle s'accompagne de fait de la satisfaction des autres droits fondamentaux à la santé et à l'éducation.

Conscient d'une gouvernance mondiale pour l'alimentation indépendante de l'OMC, du FMI et de la Banque Mondiale. La Souveraineté des peuples et l'expression démocratique de chacun sont les préalables à l'émergence de cette gouvernance. Libérée de toute tutelle impérialiste au sein des Nations Unies, la FAO, dotée de moyens, peut être l'institution arbitrale des politiques publiques agricoles et alimentaires.

 

Le PCF propose des mesures concrètes dans l'objectif d'un nouvel ordre alimentaire mondial.

  • Instaurer une clause de sauvegarde internationale lorsque les terres d'un pays sont menacées de spéculation et de détournement de la production.

  • Interdire la spéculation sur les matières premières agricoles et alimentaires, au niveau international comme pour des produits bancaires proposés en France.

  • Taxer les importations abusives pillant les agricultures locales afin de financer la relocalisation des productions.

 

Un nouvel ordre alimentaire pour nourrir la planète, c'est l'ambition qu'ont les communistes d'ouvrir des perspectives sur tous les fronts.

 

Xavier COMPAIN
Membre du Conseil National du PCF
Responsable Agriculture, Pêche, Forêt


Publié dans Propositions

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