SEMINAIRE - 6 JUIN 2014 Siège du PCF - PARIS

Publié le par Terre-Mer

 

Parti Communiste Français

Parti Communiste de Cuba

 

 

« Cuba, l'actualisation du modèle économique, l'intégration Latino-Américaine et les relations avec les États-Unis, la France et l'Union Européenne »

 

Contribution de Xavier COMPAIN, Membre du Conseil National du PCF, en charge de l'agriculture, de la pêche et de la forêt, Coordinateur agriculture du Parti de la Gauche Européenne.

 

 

 

 

Cher-e-s ami-e-s,

cher-e-s camarades,

 

Nous sommes très heureux d'accueillir Joël Soarez, Vice Chef du département idéologique du Comité central du PCC. Après avoir été moi même honoré d'être reçu en novembre dernier par Santiago Perez Castellano, Chef du département agroalimentaire du PCC. Satisfais que nous poursuivions nos rencontres bilatérales. A travers l'invitation faite, nous vous apportons le salut du Parti Communiste Français.

 

Avec beaucoup de solennité, notre rencontre se tient dans un contexte historique où les besoins vitaux de chaque être humain que sont l'alimentation, l'accès à l'eau ne sont pas assurés. Plus d'un milliard d'êtres humains dans le monde souffre de famine et de mal nutrition. Un enfant de moins de 10 ans meurt toutes les cinq secondes.

 

Nous ne nous résigneront jamais devant ce terrible aveu d'échec des institutions internationales de n'avoir réduit de moitié les mal nourris dans le monde à l'horizon 2015.

 

Sommet Mondial de l'alimentation (1996) et objectifs du millénaire pour le développement (2000) sont restés vains face aux plans d'ajustement structurel imposés par le FMI et la Banque Mondiale aux pays en développement.

 

Il nous faut saluer ce défi relevé par Cuba, qui avec sept autres pays d'Amérique du Sud ont été félicités comme pionniers dans l'éradication de la faim dans le tiers monde par la FAO.

 

A cette heure, le kidnapping des terres de par le monde par les bras armés du capitalisme hypothèque l'avenir de notre civilisation. De nouvelles famines, foyers d'affrontements d'ampleur sans précèdent sont à craindre. Aucun enseignement n'a été tiré des institutions face aux émeutes de la faim.

 

Nos engagements, nos actes doivent être de mettre fin à ces volontés de quelques firmes de concentrer en leurs mains, l'arme alimentaire. Les profits de ces spéculateurs valent moins que la vie des paysans, des peuples autochtones et de l'autosuffisance alimentaire locale. Il est de notre devoir d'agir contre ce colonialisme présent.

 

Notre défi d'êtres humains pour les générations futures, nos batailles politiques, sont d'ici à 2050 de rendre disponible et accessible la nourriture en quantité et en qualité suffisantes à neuf milliards d'humains.

 

Des problématiques communes se posent à nos peuples Européens et d'Amérique latine, à Cuba comme en France :

 

- Quelles luttes contre les spéculations des produits de l'agriculture ?

 

- Quelles actions pour produire régionalement et rémunérer les paysanneries ?

 

- Quelles coopérations pour conquérir la souveraineté alimentaire des peuples ?

 

 

 

Le Parti Communiste Français s’engage à faire de l’alimentation un bien

commun de l’humanité

 

La conquête de ce droit fondamental à chaque être humain impose un nouveau mode de développement de la planète en rupture avec les marchés spéculatifs. Les terres agricoles devraient être consacrées à la production alimentaire pour nourrir les peuples. Cela implique que l’agriculture et l’alimentation soient extirpées des logiques néolibérales actuelles de l’OMC, du FMI, de la Banque mondiale et du traité de Lisbonne. Nous proposons une nouvelle organisation internationale dans le cadre des Nations unies. Nous soutenons la réforme du Comité de la sécurité alimentaire (CSA) de la FAO, qui associe de manière inédite les États, les institutions internationales et la société civile. Nous pensons que le CSA est aujourd’hui l’instance légitime de l’expression démocratique des peuples et pourrait être l’institution arbitrale des politiques publiques agricoles et alimentaires.

 

En Europe, le PCF, avec le Parti de la Gauche Européenne porte une nouvelle ambition pour les prochaines décennies, à partir de trois engagements forts :

 

Fondamentalement, l’Europe agricole doit garantir la souveraineté et la sécurité alimentaires de ses peuples. Face au défi alimentaire, la production européenne agricole doit être soutenue par de nouvelles politiques publiques répondant aux besoins humains ; elle doit garantir à tous une alimentation saine, de qualité, relocalisée.

Vivre dignement de son travail est une exigence sociale légitime. Une juste rémunération du travail paysan et des salariés agricoles est la condition du développement de l’emploi agricole. Cela impose de garantir des prix rémunérateurs, de planifier la production, de soutenir les exploitations et les filières les plus fragiles.

Empêtrée dans le productivisme, l’Europe agricole doit sortir de cette situation par le haut et initier un mode de développement plus écologique d’exploitations plus autonomes agro-économiquement. L’agriculture paysanne répond à ces objectifs. L’Europe doit orienter prioritairement ses aides dans cette direction.

 

 

Nous proposons de mener des campagnes publiques à l'échelle de nos pays, en Europe, en Amérique latine et centrale :

 

 

Mettre en place des outils de régulation des marchés agricoles, de stocks régulateurs et de mesures contre la spéculation. Un premier pas pourrait être la création d’une convention internationale sur la non-spéculation des biens alimentaires (campagne où les ONG ont déjà mis les banques sur le reculoir). Au G8 et G20 qui sont restés des déclarations sans lendemain, nous leurs opposons un G192 des peuples.

Relégitimer les taxes sur les importations et exportations déstabilisant les marchés locaux, afin de financer la relocalisation de productions.

 

Nous proposons de lutter pour conquérir des mesures immédiates

 

L’application des préférences régionales, locales et la suspension des accords bilatéraux de libre échange négociés par l’Union Européenne (Mercosur) comme le GMT (Grand marché Transatlantique).

La mise en place d’outils économiques encadrant les marges et pratiques des géants de l’agroalimentaire et de la grande distribution.Ce qui en constituant de nouveaux rapports commerciaux en France et en Europe, jetterais les bases de nouvelles relations commerciales internationales

 

 

Nous avons vocation à contruire des politiques coopératives.

 

a) Des actions de coopérations commerciales

A partir des besoins exprimés par les camarades cubains, sur leurs demandes en produits français.

Je rappelle pour exemple, le refus de vente par la France de céréales les années passées...

Aussi il y a là pour nous PCF, intervention à mener au besoin au niveau institutionnel...

 

b) Faire que la France, l'Europe, engagent des échanges commerciaux respectueux et non de domination avec l'alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA). De souligner la résistance de l'ALBA, face à une zone de libre échange des Amériques préconisée par les États Unis.

 

c) Des projets de solidarité, de coopération décentralisée qui peuvent être menés, entre nos localités et territoires, avec des partenariats associatifs et de collectivités sur des sujets aussi divers :

 

- Culture et patrimoines

- Le développement économique

- L'agriculture

- La gestion de l'eau

- L'éducation

- La santé

 

d) Coopération que nous pourrions réfléchir au niveau Caraïbes et notamment Martinique / Guadeloupe, Haïti, Cuba ? ...

 

 

Nous gagnerions mutuellement à tenir des initiatives bilatérales, multilatérales à partir de nos organisations, nos partis en lien et convergences avec nos réseaux.

 

Dans la poursuite du travail ouvert en novembre 2013, à la Havane avec nos camarades cubains, quelques pistes de propositions :

 

a) Construire des rencontres de travail ?

 

- ANAP et syndicats paysans français (MODEF, Confédération Paysanne...)

- ACTAF et syndicats salariés de développement (CGT, ONF, INRA, SNETAP FSU...)

 

b) Affirmer de concert notre soutien à l'agriculture paysanne. Processus lancé à Cuba et appeler « Campesino o Campesino ». Valeurs que nos partis et organisations retrouvent à travers la Via Campesina. 2014, année internationale de l'agriculture familiale, n'est-elle pas l'occasion d'expression et d'initiatives communes ?

 

c) Cheminer ensemble en faveur de la transition écologique

 

Cela à la lumière de l'engagement des peuples et organisations latino américaines en faveur de l'agroécologie. En exemple :

 

  • Le dernier congrès du MST du Brésil « Lutter, construire pour une réforme agraire populaire », avec leur formation dispensée sur des systèmes agroécologiques.

 

  • L’expérience cubaine qui après la période spéciale d'extrême souffrance alimentaire, assume le parti pris aujourd'hui de l'agriculture urbaine et péri-urbaine.

 

  • En France... nous sommes à la mise en réseaux et convergences des auteurs de l'agroécologie. A titre de bataille, nous en sommes à lutter pour rompre avec le tout pesticide...

 

Il y a donc face à nos défis respectifs, intérêt à coopération.

 

 

 

Faim et climat : urgence politique

 

Enfin, je voudrais en terminer sur la relation faim et climat, il y a urgence. De renouveler l'invitation au rendez-vous Climat Paris 2015 auprès des camarades du PCC.

 Récemment le groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), comme de multiples organisations non-gouvernementales au niveau mondial, viennent de renvoyer les décideurs à leurs responsabilités quant aux engagements en termes de rédaction des gaz à effet de serre. Tous les rapports et études confirment aujourd’hui aux conséquences désastreuses du changement climatique, sur la chute de productions agricoles, l’augmentation des risques sanitaires et de l’insécurité alimentaire.

Or, 2° celsius de plus à la surface du globe augmenterait la sous-alimentation en Afrique de 25 à 90% sur cette même période. La recherche agronomique (INRA) a montré qu’entre 30 et 70% de la stagnation des récoltes de blé en Europe étaient attribuables au changement climatique.

Ce sont les populations qui contribuent le moins au réchauffement climatique qui, aujourd’hui, en sont les victimes.

En cela, le nouvel internationalisme fait de coopérations et de solidarités que nous appelons à l’issue du 36èmeCongrès du PCF se construit de notre engagement en faveur de la conquête des droits et de la souveraineté alimentaire de chaque peuple. Il se nourrit de luttes convergentes avec les mouvements sociaux et paysans populaires et aspire à de nouvelles constitutions replaçant les besoins humains en son cœur.

Nous voulons contribuer à ce que la Conférence Paris Climat 2015 soit un rendez-vous des peuples, qui exprime l’exigence d’accords internationaux qui s’attaquent au changement climatique et à la faim. D’ici là il nous appartient de prendre des initiatives et donner corps à ce débat, sur tout ce qui vise à bien nourrir la planète dans un monde qui se réchauffe.

 

 

Chers Camarades, Cher(e)s Ami(e)s, Cher Joël,

 

Partout dans le monde, les politiques d’austérité menacent les libertés, hypothèquent la paix et engendrent la faim.

En conséquence, nous pensons indispensable de lutter contre les divisions et le nationalisme et de construire des rapports de force solidaires entre peuples à l’échelle du monde pour émanciper la planète de l’emprise actuelle des marchés.

Face aux politiques d’asservissement du capitalisme, ensemble, peuples européens et d'Amérique latine, nous cherchons nos propres voies.

C’est cet audacieux mais enthousiasmant défi, permettre à l’humanité de se nourrir, que nous nous sommes assignés.

N'était-ce pas ce premier droit fondamental, l'acte qui incombe à tout révolutionnaire ?



Je vous remercie

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