TRIBUNE - 30 juin 2014

Publié le par Terre-Mer

 

Les paysans doivent-ils regarder leur métier disparaître sans rien faire ?

José Bové (ancien syndicaliste), Julien Durand (Acipa/NDDL), Susan Georges (Attac), Cécile Gondard Lalanne (Solidaires), Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne), Pierre Laurent (PCF), Françoise Martres (Syndicat de la magistrature), Xavier Mathieu (Syndicaliste Conti), Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), Marie-Monique Robin (journaliste). 30 juin 2014 à 18:25

 

TRIBUNE

Neuf militants de la Confédération paysanne sont jugés mardi pour avoir protesté contre la ferme-usine des 1000 vaches, symbole de l'industrialisation de l'agriculture.

Le 1er juillet 2014, neuf militants de la Confédération paysanne sont convoqués devant le tribunal d’Amiens. Leur crime ? Avoir réalisé un tag géant et avoir démonté quelques engins de chantier et une salle de traite. Mais ce n’est pas le plus grave. Ce qui les conduit aujourd’hui devant les juges, c’est de s’en être pris à la ferme-usine des 1000 vaches, d’avoir refusé l’industrialisation de l’agriculture, d’avoir choisi l’action plutôt que de se résigner à disparaître.

Le nombre de paysans est en chute libre. La modernisation, qui a d’abord permis d’améliorer les conditions de travail, a conduit à une industrialisation de l’agriculture qui détruit progressivement le secteur. Il n’est plus question de sélectionner des semences à la ferme. Les industriels font la loi et nous imposent leurs OGM. Impossible aussi de gérer un troupeau avec le savoir-faire de l’éleveur, le puçage électronique des petits ruminants est obligatoire. Quant aux produits transformés sur la ferme, la multiplication des normes sanitaires a fait place nette pour les produits industriels.

Ce ne sont là que des traits saillants d’un mouvement poussé par les politiques agricoles. La PAC continue à soutenir l’agrandissement et à exclure les plus petits. La Loi d’avenir agricole, en discussion actuellement, ne fait rien pour protéger les paysans. La fin des quotas laitiers encouragera une explosion de la production face à laquelle beaucoup ne tiendront pas le coup. De toutes parts, on appelle les paysans à augmenter les volumes, à réduire les coûts. On fait semblant d’oublier ce qu’est une crise de surproduction.

La ferme-usine des 1000 vaches est le symbole de cette folie. 9 millions de litres de lait, vendus à 250 euros la tonne alors que les éleveurs s’en sortent à peine avec 350 euros. Le lait devenu sous-produit du lisier qui vient alimenter un méthaniseur géant. Un projet dont la rentabilité ne tient qu’à la production d’énergie subventionnée.

Les paysans doivent-ils regarder leur métier disparaître sans rien faire ? Il était temps de lancer l’alerte, de crier l’urgence de réagir si nous voulons continuer à voir des paysans dans les campagnes.

La Confédération paysanne a donc pris ses responsabilités en allant, par trois fois, sur le chantier de la ferme-usine des 1000 vaches. Le risque était grand, bien sûr, de se retrouver devant un juge. Mais que signifie ce risque face à celui de leur disparition ?

Aujourd’hui, cette action légitime est criminalisée. La Confédération paysanne est allée à l’encontre de la volonté de nos gouvernants qui pensent en cours de bourse et en balance commerciale. Des militants qui dérangent et la répression syndicale se met en marche. En face, le promoteur des 1000 vaches, Michel Ramery, continue de construire son usine, en toute impunité, malgré les irrégularités flagrantes et les méthodes d’intimidation dignes de films de gangsters. Le deux poids deux mesures est évident.

Le fossoyeur des paysans, 369e fortune de France, a donc bien plus de soutien que n’en ont quelques centaines de milliers de paysans. Et qu’importe que les fermes disparaissent du paysage, que la désertification des campagnes se poursuive, que le chômage continue d’augmenter, que nous n’ayons plus qu’une alimentation standardisée, pourvu que la finance continue à s’engraisser.

Dans ce système, il n’y a pas place pour la contestation. Enfermer 250 militants le temps d’une réunion de grands patrons, jeter l’opprobre sur des grévistes, ou envoyer des paysans au tribunal, il n’y a jamais rien d’exagéré quand il s’agit de protéger certains intérêts.

L’avenir de l’agriculture nous concerne tous ! Nous sommes solidaires des militants de la Confédération paysanne. Nous réclamons leur relaxe !

 

Les autres signataires sur: http://www.confederationpaysanne.fr/actu.php?id=2716

José Bové (ancien syndicaliste), Julien Durand (Acipa/NDDL), Susan Georges (Attac), Cécile Gondard Lalanne (Solidaires), Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne), Pierre Laurent (PCF), Françoise Martres (Syndicat de la magistrature), Xavier Mathieu (Syndicaliste Conti), Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), Marie-Monique Robin (journaliste).

 

Publié dans Propositions

Commenter cet article