RENCONTRE DES PROGRESSISTES D'AMÉRIQUE LATINE ET D'EUROPE 29/30/31 janvier 2010

Publié le par terre-mer-pcf.over-blog.com

 

 

« LE DEFI ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENTAL »

 

 

Introduction aux travaux : Xavier COMPAIN,

Membre du Conseil National,

Responsable agriculture, pêche, forêt

 

 

 

Cher(e)s Ami(e)s,

Cher(e)s Camarades,

 

Nos rencontres doivent avec beaucoup de responsabilités, avoir l'ambition de travailler à relever le défi premier posé à l'humanité en ce début de 21ème siècle : Nourrir la planète.

 

Alors qu'un milliard d'humains meurt de faim, que deux milliards sont mal nourris, la guerre la plus meurtrière dans le monde est celle de la faim. Aujourd'hui, un enfant de moins de 10 ans meurt toutes les cinq secondes.

 

Notre défi d'êtres humains pour les générations futures, nos batailles politiques, sont d'ici à 2050 de rendre disponible et accessible la nourriture en quantité et en qualité suffisantes à neuf milliards d'humains.

 

Des problématiques communes se posent à nos peuples de l'Union Européenne et d'Amérique latine :

 

- Quelles luttes contre la spéculation des terres et de l'agriculture ?

 

- Quelles actions pour produire régionalement et rémunérer les paysanneries ?

 

- Quelles coopérations pour conquérir la souveraineté alimentaire des peuples ?


I Une agriculture toujours plus tournée vers le libéralisme

 

Politique libérale à tous les niveaux

 

Loin de vouloir répondre aux besoins de l'humanité en termes de sécurité alimentaire et sanitaire, les grandes puissances ont fait le choix d'ouvrir le marché agricole aux règles générales du commerce pour le plus grand profit des spéculateurs et des grands trusts de l'industrie agroalimentaire (comme Nestlé, Cargill, Danone, pour ne citer que quelques noms).

 

Au niveau mondial, depuis les accords du GATT jusqu'aux négociations de l'OMC, ce sont toutes les barrières douanières qui sont tombées et permettent, comme pour toute activité marchande, la libre circulation des marchandises agricoles.

Les protections qui permettaient au niveau national ou européen de défendre un secteur agricole sensible tombent les unes après les autres.

 

Au niveau européen, l'alignement de la commission de Bruxelles sur les dogmes libéraux à entraîner une remise en cause régulière des règles de fonctionnement de la Politique Agricole Commune (PAC) : 1992, 2003, et bientôt 2013 (son démantèlement !), comme la Politique Commune de la Pêche (PCP).

 

Au niveau français, outre la retranscription de ces règles européennes dans la législation française, on a assisté au renforcement toujours plus important du poids de la de la grande distribution dans le fonctionnement de la filière agricole.

 

La réforme de la Loi Galland, les Lois de Modernisation Economique et de Régulation Economique ont récemment permis d'accroître encore plus le poids des grands groupes de la distribution sous le motif de vouloir justement corrigé ces excès !

 

 

Des conséquences déjà sensibles partout dans le monde :

 

Les conséquences en Europe se font sentir depuis des années.

 

Les importations massives de produits agricoles hors-Union produits dans des conditions sociales et réglementaires extrêmement « avantageuses » (Agneau néo-zélandais, bœuf « hormoné » argentin ou US, soja brésilien, …) entraînent la disparition rien qu'en Europe d'un agriculteur tous les ¼ d'heure, d'où la multiplication des friches agricoles et la désertification humaine des régions difficiles, des crises sectorielles de plus en plus fréquentes (Lait, Vin, Fruits et Légumes, ovins et porcins), la baisse des cours des matières premières mais des prix toujours plus élevés pour les consommateurs. 2009 a vu un retour en arrière de 30 ans pour le revenu paysan français.

 

On assiste de fait à une redistribution des richesses produites dans la filière agroalimentaire au profit des grandes multinationales agroalimentaires et de la grande distribution.

 

Les conséquences du libéralisme à travers le monde sont identiques avec le renforcement des grands groupes agroindustriels, la disparition de l'agriculture traditionnelle et une exploitation exacerbée des populations.

 

Trois dimensions essentielles en quelques exemples

 

Spéculation foncière :

 

  • ex : 30 millions d'hectares ont été colonisés (vendus ou louer)

au 1er semestre 2009.

Cela représente l'équivalent de la surface agricole de la France.

 

  • ex : 4 millions d'Ha sont sous « pavillon étranger » au Brésil. Probablement plus

(12 millions d'Hectares).

Selon l'INCRA (Institut Nationale de la Colonisation et de Réforme Agraire)

 

  • ex : En France, 1 Hectare de terre vaut aujourd'hui 5000 euros, il a augmenté de 45 % en 8 ans.

200 fermes disparaissent chaque semaine.

 

Spéculation financière : sur les matières premières agricoles.

 

  • ex : Celle-ci a flambée de 10 à 250 milliards de dollars entre 2000 et 2008 au niveau mondial.

  • ex : En 2008, KBC première banque Belge proposait à ces clients de « saisir l'opportunité de la pénurie ».

  • ex : En France, la banque verte, le Crédit Agricole (Tripléo) et la BNP Paribas (Agro plus 2013) propose ces placements financiers.

 

 

Politique Agricole :

 

  • ex : les accords CEE – Mercosur vont conduire cette année à 560 000 t d'importation de viande bovine Sud-Américaine.

Importées à moins d'un euro le kilo, elles détruisent l'élevage de nos territoires qui ne peuvent eux produire à moins de 3 euros du kilo...

Ces viandes n'ont évidemment pas nourri les peuples d'Amérique latine et Caraïbes puisque 54 millions souffrent de faim.

 

Avec la mondialisation libérale des échanges agricoles, se posent aussi des questions sur la qualité sanitaire des productions importées : emploi d'intrants interdits dans l'UE (notamment des pesticides), question du soja ou maïs OGM, viande hormonée nord-américaine et argentine...

 

Les conséquences sur l'environnement sont également loin d'être négligeables :

  • pesticides utilisés par exemple dans les bananeraies,

  • déforestation en zone tropicale,

  • incendies forestiers en Europe liés à la disparition d'une agriculture traditionnelle, pastoralisme, viticulture ou arboriculture, qui entretenait les forêts et des terres aujourd'hui en friche,

  • multiplication des circuits de transports (fret routier et maritime) et donc des émissions de gaz à effet de serre.

 

Socialement, on assiste à la destruction des agricultures vivrières des pays en développement avec un exode rural important (bidonvilles, immigration,...), une misère sociale des paysans expulsés de leur terre ou salariés dans des conditions honteuse (Mouvement des Sans Terre Brésilien, salariés des bananeraies US en Amérique latine).

 

En conclusion, les politiques publiques actuelles en termes d'agriculture suivent les mêmes règles que pour les autres secteurs économiques : favoriser au maximum les actionnaires des grands groupes de l'agroalimentaire et les financiers qui spéculent sur les marché.

Pour le paysan, comme pour le consommateur, ces politiques entraînent une dégradation sans précédent du niveau de vie et des capacités à s'alimenter correctement.

 

II Quelle pourrait-être la genèse de nos rencontres des progressistes UE/AL ?

 

Un nouvel ordre mondial s'impose au développement de la planète.

 

1) De fait, l'objectif de nourrir la planète, oblige la naissance d'un nouvel ordre alimentaire. Il s'agit d'un enjeu de civilisation avec au cœur un nouveau type de développement pour à la fois nourrir les femmes et les hommes et répondre aux questions environnementales, écologiques, climatiques, énergétiques. Cette volonté forte et partagée se nourrit de principes et d'orientations communes aux peuples.

 

Le défi alimentaire du XXI siècle doit conduire les institutions internationales à faire respecter la souveraineté alimentaire qui est un droit fondamental des peuples. C'est aux États et aux peuples de définir librement leurs politiques agricoles et alimentaires avec l'exigence d'une réforme agraire axée sur la souveraineté alimentaire. Il revient aux États de définir librement leurs politiques agricoles et alimentaires. En écho aux mouvements sociaux des paysans à l'échelle internationale, cette exigence doit être centrale aux politiques publiques.

 

La réforme agraire devra répondre aux objectifs de société, être le pilier du développement agricole et alimentaire. Elle sera basée sur l'agriculture paysanne et la la pêche artisanale car productrice de denrées alimentaires de qualité. Elle doit également garantir la rémunération du travail.

 

A contrario des objectifs de l'OMC qui n'est que le tout marché, les peuples souhaitent extirper l'agriculture de tout dumpings sociaux, économiques, environnementaux afin qu'elle réponde en priorité à des demandes alimentaires locales, nationales, régionales et mondiales. Toutes les régions du monde doivent définir et et organiser leur politique agricole et de la pêche en construisant leurs échanges par des coopérations..

 

La réforme agraire vise à créer les conditions de satisfaction du besoin premier de l'humanité: nourrir les hommes. Elle s'accompagne de fait de la satisfaction des autres droits fondamentaux à la santé et à l'éducation.

 

Une nouvelle gouvernance mondiale pour l'alimentation doit s'affirmer indépendante des logiques actuelles de l'OMC, du FMI et de la Banque Mondiale. La Souveraineté des peuples et l'expression démocratique de chacun en sont les préalables. Libérée de toute tutelle impérialiste au sein des Nations Unies, la FAO, dotée de moyens, peut être l'institution arbitrale des politiques publiques agricoles et alimentaires.

 

Le PCF propose des mesures concrètes dans l'objectif d'un nouvel ordre alimentaire mondial, de politique publique, alternatives au capitalisme.

 

→Instaurer une clause de sauvegarde internationale lorsque les terres d'un pays  sont menacées de spéculation et de détournement de la production.



→Interdire la spéculation financière sur les matières premières agricoles et   alimentaires, au niveau international comme pour des produits bancaires dans nos pays respectifs.



→Taxer les importations abusives pillant les agricultures locales afin de financer la relocalisation des productions.



 

2) LA POLITIQUE AGRICOLE COMMUNE

 

Extirper des règles libérales de l'OMC, l'Europe à travers la Politique Agricole Commune, doit fixer des objectifs de rémunération du travail et de développement de l'emploi.

 

L'Europe doit utiliser sa préférence communautaire et organiser ses échanges avec les pays tiers sans dumping sociaux, sanitaire, environnementaux sous la forme d'accords mutuellement avantageux, elle doit acter la relocalisation des productions, de coopérations entre grandes régions du monde.

 

La redistribution des richesses agricoles et agroalimentaires étant assurée par son budget. Il est important que l'Europe légifère sur la répartition de la plus value entre tous les acteurs de la production alimentaire et garantisse l'accès à l'alimentation aux consommateurs.

 

Pour assurer sa souveraineté alimentaire, l'UE doit se doter de stock européen de sécurité alimentaire.

 

Par ses politiques publiques, l'Europe doit être garante d'une alimentation de qualité et de santé du consommateur. Une conférence européenne doit fixer les ambitions d'une agriculture moderne apte à relever le défi alimentaire du XXIème siècle.

 

 

Cher(e)s Ami(e)s,

 


Cher(e)s Camarades,

 

Au terme de cette introduction, en transition avec une prochaine initiative que tiendra notre Parti sur l'Afrique, je terminerai par les propos des paysans et pêcheurs réunis à Caracas en septembre dernier à l'occasion du II sommet Amérique au sud-Afrique.

 

Je les cites « au cours des 500 dernières années, notre histoire a eu en commun l'exploitation, le pillage, le mépris et la répression. Les coupables, des deux cotés de l'Atlantique, ne font qu'un : c'est le capitalisme transnational ».

 

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